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Comment les semences génétiquement modifiées et le « RoundUp » de Monsanto/Bayer déterminent la politique des États-Unis au Venezuela (MintPress News)! L’autre côté obscur de l’ingérence américaine au Venezuela, et pas des moindres, dont personne ne parle !

 

Comment les semences génétiquement modifiées et le « RoundUp » de Monsanto/Bayer déterminent la politique des États-Unis au Venezuela (MintPress News)

Whitney WEBB

Au fur et à mesure que la crise politique au Venezuela s’est développée, on a beaucoup parlé de l’intérêt manifeste de l’administration Trump pour la privatisation et l’exploitation des réserves pétrolières du Venezuela, les plus importantes au monde, par des géants américains du pétrole comme Chevron et ExxonMobil.

Pourtant, l’influence d’une autre société américaine notoire, Monsanto – aujourd’hui filiale de Bayer – n’a pas été mentionnée.

Alors que de nombreuses autres nations d’Amérique latine sont devenues « libres pour tous » pour l’entreprise de biotechnologie et ses filiales, le Venezuela a été l’un des rares pays à combattre Monsanto et d’autres géants agrochimiques internationaux et à gagner. Toutefois, depuis cette victoire – remportée sous le régime chaviste – l’opposition vénézuélienne, soutenue par les États-Unis, s’est efforcée d’y remédier.

Aujourd’hui, alors que le gouvernement parallèle de Juan Guaidó tente de prendre le pouvoir avec l’appui des États-Unis, le fait que les principaux donateurs politiques de ceux qui, aux États-Unis, sont les plus fervents promoteurs du changement de régime au Venezuela soient étroitement liés à Monsanto et détiennent d’importants intérêts financiers chez Bayer est très révélateur.

Au cours des derniers mois, le produit le plus controversé et le plus tristement célèbre de Monsanto – le glyphosate, sous le nom de Roundup, et qui a été associé au cancer dans de récentes décisions judiciaires américaines – a plus que jamais compromis la situation financière de Bayer et une série de nouvelles affaires judiciaires se sont succédées aux portes du laboratoire Bayer. Il semble que bon nombre des forces américaines qui cherchent maintenant à renverser le gouvernement vénézuélien espèrent qu’un nouveau gouvernement dirigé par Guaidó fournira à Bayer un nouveau marché indispensable pour ses produits agrochimiques et ses semences transgéniques, en particulier les produits qui sont maintenant interdits dans tous les pays du monde, notamment au Vietnam, autrefois défolié et toujours empoisonné.

L’opposition vénézuélienne soutenue par les États-Unis cherche à renverser la loi chaviste sur les semences et l’interdiction des OGM.

En 2004, le président vénézuélien de l’époque, Hugo Chávez, en a surpris plus d’un lorsqu’il a annoncél’annulation du projet de Monsanto de planter du soja génétiquement modifié (GM) sur 500 000 acres de terres agricoles vénézuéliennes. L’annulation du contrat de Monsanto avec le Venezuela a conduit à ce qui est devenu une interdiction ad hoc de toutes les semences génétiquement modifiées dans tout le pays, une mesure qui a été saluée par les groupes d’agriculteurs locaux et les militants environnementaux. Contrairement aux mouvements anti-OGM qui se sont développés dans d’autres pays, la résistance du Venezuela aux cultures génétiquement modifiées était davantage basée sur des préoccupations concernant la souveraineté alimentaire du pays et la protection des moyens de subsistance des agriculteurs.

Bien que l’interdiction n’ait pas réussi à empêcher les produits génétiquement modifiés d’entrer au Venezuela – puisque le Venezuela importe depuis longtemps la majorité de ses produits alimentaires, dont une grande partie provient de pays qui comptent parmi les plus grands producteurs mondiaux de nourriture génétiquement modifiée – un effet évident a été d’empêcher des entreprises comme Monsanto et d’autres grandes entreprises agrochimiques et de semences de récupérer une part importante du marché vénézuélien.

En 2013, une nouvelle loi sur les semences a presque été adoptée qui aurait permis la vente de semences génétiquement modifiées au Venezuela par le biais d’une échappatoire légale. Cette loi, rédigée par un membre du Parti Socialiste Unifié Chaviste du Venezuela (PSUV), a été largement contestée par les agriculteurs, les militants indigènes, les écologistes et les groupes écosocialistes, ce qui a conduit à sa transformation en ce qui a été surnommé la « loi des semences du peuple ». Cette loi, adoptée en 2015, est allée encore plus loin que l’interdiction initiale de 2004 en interdisant non seulement les semences génétiquement modifiées, mais aussi plusieurs produits agrochimiques toxiques, tout en renforçant les variétés de semences traditionnelles par la création de l’Institut National des Semences.

Peu après l’adoption de la nouvelle loi sur les semences en 2015, l’opposition vénézuélienne soutenue par les États-Unis et dirigée par la Table ronde de l’Unité Démocratique (MUD) – un groupe composé de nombreux partis politiques financés par les États-Unis, dont le parti Volonté Populaire de Guaidó – a pris le pouvoir au Parlement National. Jusqu’à ce que la Cour Suprême du Venezuela dissolve l’assemblée en 2017, l’assemblée législative du MUD a tenté à plusieurs reprises d’abroger la loi sur les semences. Les partisans de l’abrogation ont qualifié la loi sur les semences « d’anti-scientifique » et de dommageable pour l’économie.

Malgré la décision de la Cour suprême de 2017, l’Assemblée nationale a continué de se réunir, mais elle n’a pas de pouvoir réel dans le gouvernement vénézuélien actuel. Cependant, si le gouvernement actuel est renversé et que Guaidó – le « président intérimaire » qui est également président de l’Assemblée nationale dissoute – arrive au pouvoir, il semble presque certain que la « loi sur les semences du peuple » sera l’un des premiers actes législatifs sur le plan de travail.

L’axe AEI

Certaines des figures clés et des voix les plus bruyantes qui soutiennent les efforts de l’administration Trump pour renverser le gouvernement vénézuélien aux États-Unis ont des liens étroits avec un groupe de réflexion particulier, l’American Enterprise Institute (AEI). Par exemple, John Bolton – aujourd’hui conseiller de Trump en matière de sécurité nationale et l’un des principaux acteurs de la politique agressive de l’administration vénézuélienne – a été un membre senior de l’AEI jusqu’à ce qu’il devienne le principal responsable de la sécurité nationale pour Trump. En tant que conseiller en matière de sécurité nationale, Bolton conseille le président sur la politique étrangère et les questions de sécurité nationale, tout en conseillant le secrétaire d’État et le secrétaire à la Défense. Récemment, il a fait pression en faveur d’une action militaire au Venezuela, selon les médias.

Elliott Abrams, représentant spécial du département d’État pour le Venezuela, autre figure clé de la politique vénézuélienne de Trump, a régulièrement participé à des sommets de l’AEI et a été invité à participer à ses panels et à ses podcasts. Selon le secrétaire d’État Mike Pompeo, le rôle actuel de Abrams lui confère « la responsabilité de tout ce qui concerne nos efforts pour restaurer la démocratie » au Venezuela. D’autres hautes personnalités de l’administration, dont le vice-président Mike Pence et le secrétaire d’État Mike Pompeo, ont été invités à la réunion « secrète » de l’AEI début mars. Comme l’ont rapporté MintPress et d’autres médias, Guaidó s’est déclaré « président par intérim » du Venezuela à la demande de Pence. Pompeo est également intimement impliqué dans la direction de la politique de Trump au Venezuela en tant que conseiller principal du président pour les affaires étrangères.

Parmi les autres liens avec l’administration de Trump, mentionnons la secrétaire à l’Éducation, Betsy DeVos, qui faisait auparavant partie du conseil d’administration de l’AEI.

L’AEI est depuis longtemps un élément clé de l’establishment « néoconservateur » et emploie des néoconservateurs bien connus tels que Fred Kagan – l’architecte de « l’envoi massif de troupes supplémentaires » en Irak – et Paul Wolfowitz, l’architecte de la guerre en Irak. Ses liens avec l’administration de George W. Bush ont été particulièrement manifestes et controversés, puisque plus de 20 employés de l’AEI ont obtenu des postes supérieurs sous Bush. Plusieurs d’entre eux, comme Bolton, ont bénéficié d’une nouvelle importance dans l’administration de Trump.

D’autres fonctionnaires clés de Bush ont rejoint l’AEI peu de temps après avoir quitté leur poste dans l’administration. C’est le cas de Roger Noriega, représentant des États-Unis auprès de l’Organisation des États américains (OEA) lors de l’échec du coup d’État appuyé par les États-Unis en 2002, qui a été secrétaire d’État adjoint aux affaires de l’hémisphère occidental de 2003 à 2005, où il a exercé une influence considérable sur les politiques du gouvernement envers le Venezuela et Cuba.

Depuis qu’il a quitté l’administration Bush et rejoint rapidement l’AEI, Noriega a joué un rôle déterminant dans la promotion de revendications sans fournir de preuves mais qui visent à présenter le gouvernement actuel du président vénézuélien Nicolas Maduro comme une menace pour la sécurité nationale, comme par exemple en prétendant que le Venezuela aide l’Iran à acquérir des armes nucléaires et accueille des soldats du Hezbollah du Liban. Il a également fait pression sur le Congrès pour qu’il soutienne le leader de l’opposition vénézuélienne Leopoldo López, mentor politique de Guaidó et chef de son parti politique, Volonté Populaire.

De plus, Noriega s’est associé à Martin Rodil, un exilé vénézuélien anciennement employé par le FMI, et à José Cardenas, qui a servi dans l’administration Bush, pour fonder Visión Américas, une société privée d’évaluation des risques et de lobbying qui a été engagée pour « soutenir les efforts du secteur privé du Honduras pour aider à consolider la transition démocratique dans leur pays », après le coup d’État appuyé par les États-Unis au Honduras en 2009. Ces derniers mois, Noriega et ses associés se sont beaucoup concentrés sur le Venezuela, Cardenas offrant à Trump des conseils publics sur la façon « d’accélérer le départ de Maduro », tandis que Rodil a publiquement offert « d’obtenir un marché » si vous avez des informations compromettantes sur le gouvernement du Venezuela.

Bien que l’AEI soit surtout connue pour son bellicisme, il est aussi un promoteur des grands intérêts agricoles. Depuis 2000, il a accueilli plusieurs conférencessur la promesse de la « biotechnologie » et des semences génétiquement modifiées et a fortement promu le travail de l’ancien lobbyiste de Monsanto, Jon Entine, qui a été chercheur invité de l’AEI pendant plusieurs années. L’AEI a également des liens de longue date avec Dow Chemical.

La raison la plus probable de l’intérêt de l’AEI pour la promotion des biotechnologies réside toutefois dans ses liens avec Monsanto. En 2013, The Nation a fait l’acquisition d’un document de l’AEI de 2009, obtenu à la suite d’une erreur de dépôt et non destiné à être divulgué publiquement, qui a révélé les principaux donateurs du groupe de réflexion. Le formulaire, connu sous le nom de « liste des donateurs », a révélé que les deux principaux donateurs de l’AEI à l’époque étaient le Donors Capital Fund et le milliardaire Paul Singer.

Le Donors Capital Fund, qui demeure l’un des principaux contributeurs de l’AEI, est lié aux intérêts de Monsanto par l’intermédiaire de la vice-présidente de son conseil d’administration, Kimberly O. Dennis, qui est également actuellement membre du Conseil national de l’AEI. Selon l’AEI, le Conseil national est composé de « dirigeants d’entreprises et de dirigeants communautaires de tout le pays qui sont déterminés à assurer le succès de l’AEI et qui agissent à titre d’ambassadeurs de l’AEI en nous fournissant des conseils, des idées et des orientations« .

Dennis est la présidente exécutive de longue date du Searle Freedom Trust, fondé en 1988 par Daniel Searle après avoir supervisé la vente de sa société pharmaceutique familiale – G.D. Searle and Company – à Monsanto en 1985 pour 2,7 milliards de dollars. L’argent que Searle avait tiré de cette fusion a servi à financer la fiducie qui finance maintenant l’AEI et d’autres groupes de réflexion de droite. Searle était également proche de Donald Rumsfeld, qui a dirigé G.D. Searle and Co. pendant des années et a été secrétaire à la Défense sous Gerald Ford et George W. Bush. Searle était également administrateur de l’Institut Hudson, qui employait autrefois Elliott Abrams.

Après la vente à Monsanto de l’entreprise familiale – qui avait acquis une notoriété grâce à ses recherches truquées sur la nocivité de son édulcorant, aspartame ou NutraSweet -, G.D. Searle a vu les dirigeants proches de Daniel Searle devenir des acteurs de poids dans son groupe. Robert Shapiro, qui était l’avocat de longue date de G.D. Searle et le chef de sa division NutraSweet, est devenu le vice-président, président et plus tard PDG de Monsanto. Notamment, le petit-fils de Daniel Searle, D. Gideon Searle, était un administrateur de l’AEI jusque relativement récemment.

Pourquoi Marco Rubio augmente-t-il sa participation dans Bayer alors que d’autres s’enfuient ?

Pourtant, c’est le principal donateur individuel de l’AEI, mentionné dans la divulgation accidentelle de la « liste des donateurs », qui est le plus révélateur des intérêts privés en biotechnologie qui guident la politique de l’administration Trump au Venezuela. Paul Singer, le gestionnaire milliardaire controversé de fonds spéculatifs, a longtemps été un donateur majeur pour les causes néoconservatrices et sionistes – aidant à financer l’Initiative de Politique Étrangère (FPI), le successeur du Projet pour un Nouveau Siècle Américain (PNAC) ; et la Fondation (néoconservatrice et islamophobe) pour la Défense des Démocraties (FDD), en plus de l’AEI.

Singer est notamment l’un des principaux donateurs politiques du sénateur Marco Rubio (R-FL) et a été intimement impliqué dans le récent chaos au Venezuela. Il a été considéré comme l’un des architectes de la politique actuelle de changement de régime de l’administration, le principal donateur de la campagne présidentielle de Rubio, ainsi qu’une figure clé derrière le « dossier » controversé sur Donald Trump qui a été compilé par Fusion GPS. En effet, Singer avait été la première personne à engager Fusion GPS pour faire de la « recherche d’opposition » sur Trump. Cependant, Singer s’est depuis largement soustrait à l’examen minutieux de son rôle dans la création du dossier, probablement parce qu’il est devenu un donateur clé de Trump à la suite de sa victoire électorale en 2016, donnant 1 million de dollars au fonds d’inauguration de Trump.

Singer a une histoire riche en évènements en Amérique du Sud, bien qu’il ait été relativement discret au sujet du Venezuela. Cependant, un gestionnaire de longue date du fonds spéculatif de Singer, Jay Newman, a récemment déclaré à Bloomberg qu’un gouvernement dirigé par Guaidó reconnaîtrait que les créanciers étrangers « ne sont pas l’ennemi » et a laissé entendre que Newman lui-même se demandait s’il devait rejoindre une liste croissante de « vétérans des obligations qui avaient déjà commencé à prendre position, prévoyant une restructuration de leur dette de 60 milliards de dollars lorsque Guaido soutenu par les États-Unis aura réussi à renverser Nicolas Maduro pour en prendre le pouvoir« . En outre, le Washington Free Beacon, qui est largement financé par Singer, a été un ardent défenseur de la politique de changement de régime de l’administration Trump au Venezuela.

Par ailleurs, la Singer’s Elliott Management Corporation a donné à Roger Noriega, ancien secrétaire d’État adjoint aux affaires de l’hémisphère occidental sous Bush, 60 000 dollars en 2007 pour faire pression sur la question de la dette souveraine et pour « défendre les intérêts des investisseurs américains en Amérique latine ». Pendant que Noriega était au service de Singer, il a écrit des articles reliant l’Argentine et le Venezuela au programme nucléaire inexistant de l’Iran. À l’époque, Singer poursuivait énergiquement le gouvernement argentin dans le but d’obtenir plus d’argent de la dette souveraine du pays.

Singer a pris des décisions d’affaires qui ont fait sourciller les gens, comme l’augmentation importante de sa participation dans Bayer. Cette décision semble aller à l’encontre des difficultés financières de Bayer, conséquence directe des nombreuses affaires judiciaires concernant le lien entre le glyphosate de Monsanto et le cancer. La première décision qui signalait des problèmes pour Monsanto et sa nouvelle société mère Bayer a eu lieu en août dernier, mais Singer a augmenté sa participation dans la société à partir de décembre dernier, même s’il était déjà clair que les problèmes financiers de Bayer concernant les affaires judiciaires relatives au glyphosate ne faisaient alors que commencer.

Depuis le début de l’année, les problèmes de Bayer avec la fusion de Monsanto n’ont fait que s’aggraver, le PDG de Bayer ayant récemment déclaré que les poursuites avaient « énormément affecté » le cours des actions et la performance financière de l’entreprise.

Forcer l’ouverture d’un nouveau marché pour RoundUp

Une partie de l’intérêt de Singer pour Bayer est peut-être liée au Venezuela, étant donné que le « Plan País » de Juan Guaido pour « sauver » l’économie vénézuélienne se concentre sur le secteur agricole du pays. En particulier, avant et sous le Chavisme, la productivité agricole et les investissements dans le secteur agricole ont été relégués au second plan par rapport à la production pétrolière, de sorte que moins de 25 % des terres vénézuéliennes ont été utilisées à des fins agricoles malgré le fait que le pays possède une grande superficie de terres arables. Par conséquent, le Venezuela doit importer une grande partie de sa nourriture de l’étranger, dont la plupart provient de la Colombie ou des États-Unis.

Sous Chávez et son successeur, Maduro, l’agriculture à petite échelle, la souveraineté alimentaire et l’agriculture biologique ont fait l’objet d’une attention renouvelée. Cependant, si Maduro est évincé et que Guaidó décide de mettre en œuvre son « Plan País », le soutien de l’opposition aux sociétés étrangères, les intérêts des architectes américains chez Bayer/Monsanto et les efforts passés de l’opposition pour faire tomber l’interdiction des semences GM laissent entrevoir qu’un nouveau marché pour les produits Bayer/Monsanto – notamment le glyphosate – va se créer.

L’Amérique du Sud est depuis longtemps un marché clé pour Monsanto et – comme les problèmes de l’entreprise ont commencé à s’aggraver avant la fusion avec Bayer – elle est devenue une bouée de sauvetage pour l’entreprise en raison de réglementations moins strictes en matière d’environnement et de consommation que de nombreux pays occidentaux. Ces dernières années, lorsque les gouvernements sud-américains ont ouvert leurs pays à des politiques plus « favorables au marché » dans leurs secteurs agricoles, Monsanto a gagné des millions.

Par exemple, lorsque le Brésil a cherché à accroître ses investissements dans la biotechnologie (c’est-à-dire les semences GM) en 2012, Monsanto a vu ses ventes de semences de maïs GM augmenter de 21 %, ce qui a généré des bénéfices supplémentaires de 1 milliard de dollars pour la société. Bayer/Monsanto a besoin de retourner à un scénario similaire plus que tout autre, car les problèmes juridiques de Monsanto ont fait chuter les bénéfices de l’entreprise à la fin de l’année dernière.

Les pays du monde entier évaluent actuellement les interdictions d’utilisation du glyphosate à la suite d’un nombre croissant de litiges concernant les liens entre ce produit chimique et le cancer. Comme Singer a maintenant un intérêt important dans l’entreprise, il pourrait, avec les politiciens et les groupes de réflexion qu’il finance, voir les promesses qu’un gouvernement dirigé par Guaidó apporterait avec la fin de l’interdiction des semences GM.

De plus, étant donné que le principal conseiller de Guaidó veut que l’administration de Trump joue un rôle direct dans le gouvernement vénézuélien si Maduro est évincé, il semble probable que Singer utilise ses relations pour maintenir Bayer/Monsanto à flot dans la controverse croissante sur le glyphosate. Un tel comportement de la part de Singer ne serait guère surprenant si l’on considère que les médias financiers internationaux l’ont qualifié « d’opportuniste impitoyable » et de « trop agressif« .

Un tel résultat serait conforme à l’augmentation des marges bénéficiaires de Monsanto et des sociétés liées qui ont suivi son expansion dans les pays à la suite de coups d’État soutenus par les États-Unis. Par exemple, après le coup d’État appuyé par les États-Unis en Ukraine en 2014, les prêts accordés à l’Ukraine par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale ont forcé le pays à développer l’utilisation des « biotechnologies » et cultures GM dans son secteur agricole, et Monsanto, en particulier, a fait des millions. Si Maduro est évincé, un scénario similaire risque de se produire au Venezuela, étant donné que le gouvernement dirigé par Guaidó a fait connaître son intention d’emprunter lourdement à ces institutions quelques jours seulement après que ce dernier se soit déclaré « président intérimaire ».

Whitney Webb

Article original en anglais : How GMO Seeds and Monsanto /Bayer’s “RoundUp” Are Driving US Policy in Venezuela

MintPress News, le 6 mai 2019

Traduit par Réseau International

La source originale de cet article est MintPress News

Copyright © Whitney Webb, MintPress News, 2019

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VERS UNE QUATRIÈME GUERRE DU GOLFE ?

VERS UNE QUATRIÈME GUERRE DU GOLFE ?

VERS UNE QUATRIÈME GUERRE DU GOLFE ?

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crédit photo : REUTERS Carlos Barria

 

Les Etats-Unis poursuivent leur étranglement économique de l’Iran. L’idée est d’empêcher la Perse d’exporter son pétrole dans le monde, alors qu’il s’agit de sa première ressource budgétaire. Le 23 avril 2019, Donald Trump a annoncé que ne seraient pas renouvelées au mois de mai les dérogations (waivers) accordées à la Chine, à l’Inde, au Japon, à la Corée du Sud, à Taiwan, à la Turquie, à l’Italie et à la Grèce. Le 4 novembre 2018, le président américain avait interdit, sous peine de sanctions, aux entreprises pétrolières du monde entier d’acheter du pétrole à l’Iran, mais il avait accordé des dérogations aux huit pays qui étaient à l’époque les plus gros importateurs de brut iranien.

La date du 4 novembre n’avait pas été choisie au hasard : c’est le jour anniversaire du début de la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran par les étudiants révolutionnaires adulateurs de l’ayatollah Khomeiny (4 novembre 1979). Au mépris de la convention de Vienne, 52 diplomates américains avaient alors été détenus pendant 444 jours. Les Etats-Unis n’ont jamais pardonné à l’Iran des mollahs cette humiliation (qui n’a heureusement fait aucune victime américaine). Les Américains auraient pu envisager un pardon de l’offense après qu’un missile tiré du croiseur USS Vincennes eut abattu, par erreur, le 3 juillet 1988, un Airbus d’Iran Air qui se rendait de Téhéran à Dubaï, faisant 290 morts, dont 66 enfants ; mais ils ne l’ont jamais fait.

En privant la nation iranienne de sa principale ressource, que cherche à obtenir la Maison Blanche ? Le Président et son Secrétaire d’Etat disent aimer le peuple iranien ; par ces sanctions, ils affirment vouloir seulement obliger le régime théocratique à renoncer à ses missiles balistiques. Ils souhaitent aussi que Téhéran cesse de s’ingérer dans les pays de l’« axe chiite » (Liban, Syrie, Irak), et qu’il arrête de fournir des armes et des subsides aux ennemis des deux grands alliés historiques de l’Amérique dans la région : Israël et l’Arabie saoudite. L’Amérique souhaite obliger l’Iran à cesser d’armer le Hamas palestinien à Gaza (frontière sud d’Israël), le Hezbollah libanais (frontière nord d’Israël) et les montagnards Houthis au Yémen (sud de l’Arabie saoudite).

Quel homme de bonne volonté ne partagerait pas le scénario idyllique proposé par le Secrétaire d’Etat Mike Pompeio : désarmement de l’Iran, réintégration du pays dans l’arène internationale, fin de l’oppression théocratique de son peuple ? Reste à calculer la probabilité du déroulement paisible d’un tel scénario…

Est-il raisonnable de penser que la Perse va renoncer aux seules armes un peu efficaces dont elle dispose, les missiles balistiques ? C’est un peu comme si l’on demandait à Israël ou à l’Arabie saoudite de renoncer à ses chasseurs-bombardiers made in USA. L’Iran n’oublie pas que, encouragées par Washington, les forces irakiennes de Saddam Hussein l’agressèrent en septembre 1980. Cette première guerre du Golfe devait durer huit ans, avec usage d’armes chimiques par l’Irak, mais sans la moindre condamnation de l’agresseur par le Conseil de sécurité de l’ONU.

En août 1990, faute d’avertissement clair émis par la diplomatie américaine, Saddam Hussein décida d’envahir le Koweït. C’était après que les pétromonarchies sunnites du Golfe eurent refusé de compenser financièrement l’Irak pour les sacrifices consentis face à l’ennemi commun révolutionnaire iranien. A la tête d’une coalition internationale, les Américains libérèrent le Koweït en février 1991, tout en laissant sur son trône le dictateur irakien, afin de garder un minimum de contrepoids face à l’Iran. Cette deuxième guerre du Golfe fut considérée comme un succès diplomatique car elle engendra immédiatement après la Conférence de Madrid sur le Proche-Orient.

Mais, après le traumatisme des attentats du 11 septembre 2001, les Américains cherchèrent un ennemi à frapper qui soit plus significatif que les talibans afghans : ils envahirent en mars 2003 l’Irak (qui n’avait pourtant pas la moindre responsabilité dans ces attentats). Cette troisième guerre du Golfe créa un immense chaos régional, dont les conséquences se font toujours sentir aujourd’hui.

Etranglés économiquement les Iraniens se soumettront-ils à l’ultimatum américain ou choisiront-ils la rébellion ? Risquons-nous le blocage du détroit d’Ormuz, par où transitent 29% des exportations mondiales de pétrole ? Nous dirigeons-nous vers une sortie de l’Iran du Traité de non-prolifération nucléaire, fatalement suivie par une course aux armements atomiques au Moyen-Orient ? Les Américains choisiront-ils alors de changer le régime iranien par la force ? Au vu des expériences précédentes, nous sommes en droit d’être réservés quant à leur capacité à bien gérer les conséquences d’une quatrième guerre du Golfe…

La nation Casher Nostra. Ici l’auteur étudie, entre autres, l’utilisation à des fins offensives de l’Holocauste comme outil de propagande. « La ruse la plus astucieuse du Diable est de faire croire aux hommes qu’il n’existe pas. » Citation attribuée à Charles Baudelaire! Pourquoi israël ne respecte jamais les lois internationales mais n’est pas sanctionné? La réponse est ici..

La nation Casher Nostra


Par Greg Maybury − Le 3 janvier 2019 − Source Dandelion Salad via Le Saker


Ici l’auteur étudie, entre autres, l’utilisation à des fins offensives de l’Holocauste comme outil de propagande.

« La ruse la plus astucieuse du Diable est de faire croire aux hommes qu’il n’existe pas. »

Citation attribuée à Charles Baudelaire

L’État juif d’Israël se définit comme un État « juif et démocratique », mais la dernière loi passée à la Knesset vise à ce que la « judéité » supplante la« démocratie ». Cependant, il apparait comme évident à toute personne qui n’est pas esclave des affabulations officielles que lorsqu’une minorité de la population est considérée comme nuisible, indésirable et ne fera donc jamais partie d’une coalition au pouvoir, la démocratie est la première victime à déplorer, surtout lorsque cette minorité est la seule victime d’un traitement discriminatoire et spoliateur, et ce malgré les sauts périlleux juridiques du plus grand des esprits juridiques juifs.

Extrait de Sionisme, judaïsme et l’État juif d’Israël : spécificité, unicité ontologique et morale juive, par Lynda Burstein Brayer, pour le blog du Saker, le 23 novembre 2018.

Résumé : Maintenant qu’il a annoncé des élections en avril, il semble que la motivation du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour les élections anticipées est d’éviter d’être inculpé pour corruption. Ayant toujours été un chanceux en politique, que tout le monde s’accorde à décrire comme ne manquant pas de culot, sa dernière manœuvre ne manque pas d’audace, même selon les standards déjà élevés de Bibi. Qu’il gagne ou perde (et on pourrait ajouter, qu’il soit coupable ou innocent), il y a peu de chance de voir une quelconque amélioration dans la façon dont Israël se comporte sur la scène internationale. Cela dit, le moment est propice pour observer de façon plus attentive cet État de plus en plus sûr de lui et dominateur, qui, comme son dirigeant actuel, a longtemps fait sa propre loi.

Voici une sorte de visite du Mur des lamentations par l’écrivain australien Greg Maybury.

Invoquer les horreurs du passé

Lors d’un discours écrit à la fin janvier 1970, et prononcé le 3 février de cette année (un jour avant sa mort) à une conférence internationale de parlementaires au Caire, dans lequel il notait que « le rôle traditionnel d’une puissance impériale est de consolider avec le moins d’efforts possibles ce qui a été acquis par la violence », le célèbre philosophe, historien et commentateur anglais Bertrand Russell eut ces mots à propos d’Israël :

Chaque nouvelle conquête devient la base nouvelle des négociations à venir, en position dominante, qui font fi des injustices commises lors de l’agression précédente. L’agression doit être dénoncée, non seulement parce qu’aucun État n’a le droit d’annexer des territoires qui lui sont étrangers, mais parce que chaque nouvelle expansion est un test visant à établir combien d’agressions supplémentaires le monde est disposé à tolérer… On nous répète souvent que nous devons compatir avec Israël à cause de la souffrance des Juifs d’Europe aux mains de Nazis. Je ne vois pas comment ceci peut être une excuse justifiant de faire souffrir d’autres peuples. Ce qu’Israël fait aujourd’hui ne peut être toléré, et invoquer les erreurs du passé pour justifier celles du présent est d’une hypocrisie sans nom.

Même pour un observateur neutre, la critique que faisait Russell du « seul État démocratique » du Moyen-Orient résonnait comme une condamnation accablante. Même s’il est vrai qu’il était révolté par le traitement des Palestiniens, la colère et l’indignation de Russell provenait principalement de la participation d’Israël dans le conflit majeur et décisif que fut la  Guerre de six jours (et qui était toujours fraîche dans les esprits), même si peu de ses contemporains, voire personne, n’était dans la confidence quant à la réelle dimension de cette participation israélienne au conflit qui était en train de se dérouler.
Une telle évaluation du conflit est encore plus accablante lorsqu’on considère la réalité objective de la conduite d’Israël au cours des décennies qui suivirent, et ce que nous en avons appris depuis. Il ne se passe pas un jour sans qu’Israël essaie de déformer et de pervertir ce qu’il appelle « la réalité » ; c’est particulièrement flagrant dans son désir feint de paix au Moyen-Orient, où ses principaux éléments de langage sur le sujet sont pour le moins éloignés de la dite réalité. Dans les faits, Israël fait tout ce qui est en son pouvoir pour déstabiliser la région, comme il le fit dans la plus grande partie de son existence.

Dire que cette entreprise de déstabilisation fut un remarquable succès est un euphémisme : « L’armée la plus morale du monde ? ! ». Il faut un sacré culot pour inventer un slogan comme celui-ci ! Et pourtant regardez combien de commentateurs de la sphère des « perroquets » géopolitiques ont été convaincus par cette fable grotesque. En effet, bon nombre d’entre eux ont contribué, au cours des dernières décennies, à la création de cette fable, si bien qu’ils sont aujourd’hui les Gardiens du mythe, qu’ils doivent être tenus pour responsables des conséquences de cette fable, voire considérés comme des complices perfides de son invention et de sa préservation. Le pouvoir de cette fable est si extraordinaire que, si elle venait à s’effondrer ou simplement venait à être sérieusement remise en cause, ce pays cesserait probablement d’exister, en tout cas sous sa forme actuelle. C’est une réalité que les plus féroces défenseurs d’Israël ont sans aucun doute à l’esprit, mais que peu d’entre eux n’osent aborder dans leurs conversations de peur qu’elle devienne une prophétie auto-réalisatrice.

Nonobstant son statut d’« envahisseur-colonisateur-démocratique », Israël est dans tous les cas un État voyou, qui ignore régulièrement les normes contraignantes du droit international. En effet, n’importe quel autre État qui se conduirait dans l’arène internationale comme le fait Israël serait, dans un monde juste, considéré et traité comme un État paria.

Et pourtant l’étranglement que maintient Israël sur les opinions publiques au travers de son contrôle à la fois du Congrès et des médias américains est tel que la plupart des gens continue de considérer l’État d’Israël comme l’éternelle victime, la cible des autres nations, groupes, organisations et individus qui souhaitent dans le meilleur des cas nier sa légitimité (aussi bancale soit-elle), et dans le pire des cas le rayer de la carte. Un effort extraordinaire, et un certain génie collectif sont nécessaires pour parvenir à un tel objectif, aussi néfaste soit-il, que dis-je, démoniaque, de manipuler l’opinion publique internationale à un tel degré, et maintenir le joug si serré autour de cette fable au travers des décennies. Pour revenir à la citation de Baudelaire, ceci pourrait bien être « la ruse la plus astucieuse »d’Israël.

Vous n’êtes pas convaincus ? Vous voulez que je sorte la liste de Noël ? Aucun autre pays :

1. Ne bénéficie de façon aussi importante et fréquente des largesses des États-Unis et de son alliance avec l’Amérique (et l’Occident en général), ou n’obtient autant de cadeaux et autres passe-droits ;

2. Ne parvient, malgré sa taille modeste, à jouer dans la cours des grands en sachant se faire écouter de Washington, tout en redoublant d’efforts pour camoufler aux yeux des masses son influence et son pouvoir ;

3. Ne tire le maximum d’avantages du pouvoir financier et stratégique de son principal protecteur, et ce de façon si grossière et si souvent au service de ses propres intérêts et objectifs (et pas toujours de ceux de son protecteur) ;

4. N’est aussi efficace et si fortement engagé dans la restriction de la liberté d’expression et de tout débat, même rationnel et raisonnable, pour peu qu’il n’aille pas dans le sens de ses intérêts et de ses objectifs ;

5. Ne contrôle de façon aussi dissimulée et pourtant aussi omniprésente la « vision » des médias mondiaux et des débats publics et politiques qui forment le socle de l’opinion publique à son sujet ;

6. N’est aussi réfractaire, immunisé même, à l’approbation ou aux reproches de son principal protecteur et de la communauté internationale sur ses nombreux actes de délinquance, et encore moins aux conséquences d’une telle attitude ;

7. N‘espionne aussi régulièrement ni ne vole autant d’informations d’intérêts commercial et stratégique à son principal protecteur, pour les revendre à des rivaux voire des ennemis potentiels des États-Unis ;

8. Ne parvient à une telle schizophrénie entre l’image qu’il tente de se donner aux yeux du monde et la réalité de son attitude et de ses actions ; et

9. En l’absence de toute opposition sérieuse et concertée, est assuré de continuer à pousser ses pions vers son objectif, sans faire aucune concession et sans aucun respect des règles établies par la communauté internationale

Comment en est-on arrivé là ?

Étant donné la priorité systématiquement donnée à Israël par toute l’administration américaine confondue, démocrate ou républicaine, il est important de rappeler les actions de quelques uns des locataires de la Maison Blanche dont les relations avec Israël élucideront quelques-uns des thèmes abordés ici. Commençons par mentionner que ce ne fut pas toujours ainsi, en tout cas jusqu’à la présidence de Lyndon Baines Johnson (LBJ). Cela ne paraît pas évident de prime abord, mais peu de présidents de l’époque moderne ont légué à leur pays un héritage aussi important et durable que celui de LBJ. J’imagine que la plupart des citoyens pensent que la Guerre du Vietnam est le joyau de la couronne de l’héritage suspect légué par LBJ aux États-Unis.

Pourtant, selon moi, l’aspect le plus fondamental de l’héritage légué par LBJ, dès l’instant où il prit ses fonctions en novembre 1963, est son soutient inédit et total à Israël, un soutient qui a facilité, parmi tant d’autres choses, l’accès illégal d’Israël à l’arme nucléaire, tout en l’exonérant de toute clause de transparence et de responsabilité pourtant présente dans les traités internationaux de non-proliferation nucléaire. Nous reviendrons à la relation LBJ/Israël plus bas, mais tout d’abord un rappel utile d’Histoire contemporaine.

En 2018, 70 ans après que le président Harry Truman ait finalement cédé à la pression interne et externe (il était précédemment opposé à la notion d’un État juif en Palestine, et pour des raisons valides), et qu’il ait effectivement donné son feu vert aux Sionistes pour la création de l’État d’Israël, et ce à l’encontre de l’avis de nombreux acteurs dans les cercles diplomatique, politique et de la défense, la puissance phénoménale, l’influence et le contrôle de cette petite nation sur les États-Unis sont devenus depuis une réalité politique à la fois inéluctable, et intrinsèquement dangereuse. Les États-Unis sont aujourd’hui à la fois le système de survie et la vache-à-lait d’Israël, sa police d’assurance et son garde-du-corps. Il y a longtemps que les conséquences de cette réalité sont devenues évidentes, mais les conséquences du maintient de cette relation dans le futur deviennent de plus en plus déconcertantes.

Le successeur de Truman, Dwight Eisenhower, a lui préféré la voix de la prudence au sujet d’Israël. Il ne s’est pas retenu de restreindre les ambitions impériales d’Israël qui apparurent au grand jour durant la Crise de Suez en 1956. L’Israël avait envahi l’Égypte en tandem avec, ou encouragé par les puissances coloniales de l’époque au Moyen-Orient, la France et la Grande-Bretagne. Eisenhower était farouchement opposé à cette action lorsqu’elle fut suggérée, et il est très probable qu’elle ait été mise à exécution derrière son dos. La position envers Israël du successeur d’Eisenhower, John Kennedy (JFK) est bien documentée, notamment dans le livre Le jugement dernier de Michael Collins Piper, dans lequel il pointe directement du doigt les Israéliens comme étant ceux qui ont planifié, mis à exécution puis camouflé le dernier jour de JFK en novembre 1963. Mis à part cela, Kennedy avait notamment refusé de soutenir l’ambition israélienne de construire son propre arsenal nucléaire, et pour cela et d’autres raisons gardait une certaine distance avec eux. Cette politique rendit furieux le terroriste sioniste David Ben-Gourion (à l’époque le Premier ministre Israélien ayant succédé à Moshe Sharat), qui après que JFK fut assassiné, réalisa l’union de l’aile dure de son mouvement, qui s’impatientaient de devenir les nouveaux joueurs du grand échiquier moyen-oriental. Finalement, avec l’arrivée de Johnson au pouvoir, ils avaient un ami à la Maison Blanche.

Israël est très redevable au Numéro 35 [35ème Président des États-Unis, NdT] pour cet avantage inestimable d’avoir « l’oreille de Washington », un badge d’entrée à tous les étages de l’administration qu’Israël ne s’est pas privé d’utiliser. Le lobby israélien et ses nombreux substituts n’ont pas perdu de temps à infiltrer l’administration de LBJ à tous les échelons de la hiérarchie, et ont tous bénéficié du traitement de « grand voyageur » aux frais du nouvel ami d’Israël, le Président des États-Unis. Et ces pratiques persistent jusqu’à aujourd’hui. (Pour plus d’informations au sujet des événements et personnes décisifs de cette époque, les lecteurs devraient consulter le livre Souvenez vous de la Liberté de Phillip Nelson ainsi que mon article en deux parties sur le même sujet, ici et ).

Le récent décès de George HW Bush n’a sûrement pas soutiré les larmes de beaucoup de gens d’un certain bord politique et d’un certain point de vue historique, même pour ceux qui ne sont pas portés à penser ou dire du mal d’une personne récemment décédée. Malgré cela, selon Alison Weir, l’auteur de Si les Américains savaient, Bush senior mérite des éloges pour au moins une décision, qui a presque certainement contribué à l’échec de sa tentative de réélection en 1992 au poste de Président, et qui a par définition altéré le cours de l’Histoire. (« C’est les Sionistes, idiot ! »).

Dans son récapitulatif, Weir explique qu’en bloquant un montant de 10 milliards de dollars de prêts garantis en 1991 à Israël à cause de la question de constructions illégales dans les territoires occupés de Palestine, Bush senior remporta une bataille mais perdit la guerre, dans ce qui fut une leçon que présidents et politiciens de tous bords politiques ont appris depuis. Bush dit à Israël que les États-Unis ne débloqueraient pas dix milliards de prêts garantis jusqu’à ce qu’Israël cesse ses constructions sauvages en Cisjordanie et à Gaza, qui sont évidemment illégales au regard du droit international. Au cours de son effort de trouver une solution pacifique à la question insoluble des territoires occupés et à la signature d’un accord de paix global entre Israël et les Palestiniens, Bush senior déclara publiquement :

Je pense que le peuple américain me soutiendra fortement sur cette question. Je vais me battre pour car je pense que c’est ce que veut le peuple américain, et je fais absolument tout ce qui est en mon pouvoir pour assister ces membres du Congrès américain qui envisagent la possibilité de paix future sous un angle innovant.

Ce sont certes des bons sentiments, mais Bush était complètement naïf s’il pensait qu’une telle position politique l’amènerait à un second mandat présidentiel. Or il semble que ni le Congrès, acheté par le Lobby justement pour faire face à ce genre de situation, ni le peuple américain si souvent glorifié, n’aient « envisagé la possibilité de paix future sous un angle innovant ». Soit ils étaient à cours de compassion pour Israël, ou alors avaient des problèmes plus importants dans leur vie, ou ne se donnèrent pas la peine d’aller voter. On se doute que cela n’a pas beaucoup changé depuis. Bien sûr le lobby israélien, le tout-puissant Comité des affaires publiques américano-israéliennes (AIPAC), toujours à deux doigts de l’indignation, pris ombrage, comme prévu, de la manœuvre de Bush. Celui-ci a surestimé le Congrès et les gens qu’il représente, et ce faisant, sous-estimant le pouvoir du Lobby, il enfonça le clou dans le cercueil de sa carrière de président.

Il est intéressant de rappeler que le Premier ministre israélien de l’époque était l’ex-terroriste et chef du Mossad Yitzhak Shamir, un homme qui, comme nombre de dirigeants israéliens pensait que son pays était au-dessus des lois et exempt de toute critique. Il alla jusqu’à déclarer à l’époque qu’Israël avait le droit de s’immiscer dans les affaires des autres pays, une réalité qui fut largement illustrée dans deux documentaires récents diffusés sur al-Jazeera, dont l’un invoque justement les résultats des élections de 1992 comme preuve de cette interférence israélienne. L’auto-satisfaction pétrie de rectitude morale et la tendance à se croire tout permis est telle que Shamir n’y voyait même pas de sujet à débat « Nous sommes loin d’avoir quelque conflit moral que ce soit au sujet de notre combat nationaliste. Nous sommes animés par ce commandement de la Torah, dont la moralité dépasse de loin n’importe quel texte de loi dans le monde : ‘Tu les extermineras jusqu’au dernier homme’. »

Quand Shamir fut éjecté du pouvoir lui-même en juillet 1992, son successeur Yitzhak Rabin promit de fournir les gages pour obtenir les prêts garantis, après quoi Bush apposa sa signature au bas des accords. Non seulement les ambitions de réélection de Bush capotèrent, mais Israël, passé sous la direction de Netanyahu en 1996, revint sur ses engagements dans cet accord sur les prêts garantis. Jusqu’à aujourd’hui, les constructions sauvages dans les Territoires occupés continuent. (Rabin, qu’il ait ou pas été sincère lors de la signature de ces accords, fut assassiné en 1995).

Cela dit, pour certains observateurs, on voit apparaitre des signes que cette façade complexe, construite avec tant d’assiduité, commence à se craqueler. Lors d’une récente entrevue pour la chaîne Russia Today avec Rick Sanchez, Chris Hedges a discuté du movement BDS (Boycotter, Désinvestir et Sanctionner), dont l’objectif est entre autres d’appliquer une pression économique et diplomatique sur Israël et de mettre en lumière les conditions de vie pitoyables des Palestiniens qui vivent de facto dans un système de ségrégation raciale. Ce système est imposé par Israël de façon unilatérale, en violation totale du droit international et des principes démocratiques, en plus d’une indifférence absolue aux droits élémentaires des Palestiniens tels l’égalité, la sécurité, la justice, la paix et la liberté. En effet on pourrait arguer que la victoire en terme de relations publiques d’Israël est d’avoir réussi à convaincre le reste du monde d’entériner et d’adopter le même niveau d’indifférence à la situation des Palestiniens.

Pour autant, Hedges explique qu’Israël est en train de prendre peur et se sent acculé, comme le montre la diffusion de la législation anti-BDS aux États-Unis. Cette campagne du lobby israélien et de ses nombreux appuis aux États-Unis aux niveaux municipal, provincial et fédéral est l’offensive de la dernière chance pour protéger l’image publique d’Israël en faisant dérailler le mouvement et en discréditant les gens et les organisations derrière ce mouvement. Avec plusieurs États américains qui ont inclus dans leurs lois des provisions anti-BDS (et dont l’attachement à ce combat frise la ferveur du djihadiste), le Premier amendement de la constitution américaine est menacé d’une manière qui doit faire se retourner dans leur tombe les Pères fondateurs de la nation, en tout cas ceux qui y sont attachés. En parlant des Pères fondateurs de la nation, on peut se demander ce que leur « Parrain », George Washington, penserait de l’enchevêtrement de son pays avec Israël, étant donné son point de vue, largement documenté, sur les dangers inhérents à un tel rapprochement.

De plus, Israël tente à l’échelle mondiale de redéfinir le terme d’anti-sémitisme, un terme rebattu mais toutefois très utile pour le servir à la fois comme champ  de force impénétrable contre toute critique et de rayon paralysant utilisé pour dénigrer, discréditer et même détruire ceux qui osent critiquer ses actes. Mais selon l’analyse de Hedges, Israël « ne peut plus contrôler la direction de la fable qu’il a inventée ni même cacher la brutalité de son système de discrimination raciale ».

Pour une étude approfondie de certaines de ces « fables sophistiquées » (ou mythes), l’ouvrage d’Ilan Pappe Dix mythes à propos d’Israël est le plus utile pour identifier les mythes fondateurs (que Pappe appelle des escroqueries), comment ils ont été créés, qui les contrôle, quelles seront les conséquences si nous continuons de vivre dans un monde régi par des fables, et de savoir si nous sommes disposés à les accepter, ou si nous sommes forcés de les accepter. On pourrait demander : Comment ces fables menacent-elles l’ordre géopolitique ? (surtout lorsque les postulats longuement préparés qui leur servent de fondation sont en complète opposition avec les faits sur le terrain) L’Irak ? La Libye ? La Syrie ? Le Yémen ? Voilà la brutale réalité du terrain !

Les réponses à toutes ces questions vont au-delà du cadre de cet article, mais il convient de les garder à l’esprit dans leur forme rhétorique au fur et à mesure que nous avançons. Pappe identifie plusieurs escroqueries qui ont permis de soutenir l’image et la crédibilité de l’État d’Israël comme nation « morale », à savoir : qu’il a toutes les raisons d’exister ; qu’il a le droit de se défendre ; que sa cause est juste ; que les autres nations veulent le détruire ; et que contrairement aux autres nations, il n’est pas soumis au droit international.

On pourrait dire que les Israéliens ont leur propre « institution particulière »vis-à-vis des Palestiniens, une sorte d’esclavage des temps modernes au sein duquel les droits humains, sociaux, économiques et autres sont régulièrement foulés du pied par un État d’apartheid envers des gens qu’il continue de déposséder de leurs terres pour s’installer dessus, et qu’il continue de piller, d’accaparer, de confisquer, de voler ou de détruire les possessions sans aucune retenue.  [Dans le cours en vidéo en pièce jointe, Pappe parle de son livre].

Même si Israël a réussi à convaincre le monde de ce mensonge, l’Iran n’est pas sa plus grande menace stratégique, c’est plutôt les efforts concertés, aussi bienvenus que nécessaires, de nombreux groupes, nations et individus (y compris des personnalités israéliennes) pour dénoncer et contenir l’attitude de voyou dont fait preuve Israël. Israël est au courant de ce fait. Le corollaire de ceci est que la peur existentielle d’Israël réside dans la diminution du soutien dont il jouit actuellement auprès de l’électorat américain, juif ou pas, même si bien malin serait un commentateur politique qui serait capable de prédire comment cela va évoluer, et sur quelle durée.

Les efforts herculéens et continus d’Israël pour réduire ces groupes et individus au silence n’en sont pas les seules preuves ; Israël a infiltré et sape le système juridique et les processus politiques de nations entières dans le but de rendre illégal et punissable par la loi le simple fait de critiquer Israël. Si la phrase « Pour savoir qui vous dirige vraiment il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer », habituellement attribuée à Voltaire est vraie, il est difficile de penser à n’importe quelle autre nation qui remplit ces critères. Le récent incident où une orthophoniste scolaire au Texas a été renvoyée parce qu’elle a refusé de signer une promesse selon laquelle elle ne soutiendrait jamais le mouvement BDS est seulement un des plus récents exemples de cet effort draconien de museler toute tentative de débat sur Israël.

Pour ceux qui douteraient encore du pouvoir coercitif qu’Israël et son réseau de soutiens institutionnels, organisationnels et politiques détiennent en Occident (surtout en Grande-Bretagne et aux États-Unis), les deux documentaires produits par la chaîne d’information Qatari al-Jazeeramentionnés plus haut devraient dissiper toute incertitude.  Comme le montrent ces films, cet allié de l’Occident de plus en plus incontrôlable ne rencontre presque aucune opposition à ses tendances hégémoniques au Moyen-Orient. Israël refuse de reconnaitre, et encore moins de respecter les frontières définies par le droit international. Ce faisant, Israël défie les principes fondamentaux qui unissent les communautés nationales, et la souveraineté de nations indépendantes, et place la sécurité mondiale, la paix et la stabilité dans une situation encore plus grand dangereuse. Pour faire court, au plus les Israéliens repoussent ces frontières, au plus ils se sentiront investis d’un droit divin de procéder ainsi, et au plus nous serons obligés de les laisser faire. C’est une des plus importantes leçons tirées de ces deux films, le premier traitant de la Grande-Bretagne, le second des États-Unis.

D’un point de vue géopolitique, il s’agit plus d’un cauchemar en cours que d’un accident à venir. À moins qu’on attende tous une autre guerre mondiale, il est temps de faire rentrer Israël dans le rang et de définir les responsabilités. Si cela vous semble alarmiste, imaginez le scénario suivant.

Au début de l’année, l’ancien directeur de cabinet de Colin Powell, Lawrence Wilkerson a déclaré de façon catégorique qu’Israël est en train de faire basculer les États-Unis dans une guerre avec l’Iran, qui a le potentiel de détruire ce qui reste du Moyen-Orient et de démarrer une troisième guerre mondiale. Wilkerson dit que les preuves sont formelles : Israël cherche « une confrontation majeure avec les différentes puissances qui lui résistent, qui engloutira l’Amérique et mettra fin à l’expérience qu’est Israël, et provoquera des dommages irréparables à l’empire que l’Amérique est devenue ».

Wilkerson pointe directement du doigt Netanyahu, dont les attaques sur mesure de la République islamique d’Iran sont aussi vociférantes que provocatrices. Ce dernier pleurniche, en mode princesse Cassandre, avec une régularité monotone et à qui veut l’entendre que a.) l’Iran est la plus grande menace que l’État juif n’ait jamais affrontée et qui menace la stabilité du Moyen-Orient, et b.) attise constamment les flammes des l’anti-sémitisme comme s’il en détenait le monopole. Wilkerson balaie ces accusations qui servent les intérêts d’Israël en ayant recourt à la simple logique (un outil de discussion que beaucoup de défenseurs d’Israël semblent ne pas connaitre).

Comme Wilkerson l’a dit au moment de la discussion, « cet anti-sémitisme supposé est bien sûr presque toujours l’arme de choix des politiciens israéliens lorsqu’ils se trouvent en difficulté, et qu’ils jettent dans ce cas précis à la figure du pays dont la population juive, la plus importante au Moyen-Orient après la Turquie et Israël, vit en Iran une existence paisible ». Comme beaucoup d’entre nous, ce que semble suggérer Wilkerson est que le « cachet » de l’accusation d’anti-sémitisme a perdu de son lustre d’antan. C’est en partie pour cela qu’Israël est en train de perdre le contrôle de la discussion.

La revanche des « mossers » ? [Juifs qui font appel aux autorités non-juives, NdT].

Même s’ils existent de façon substantielle, le statut et l’influence d’Israël sont tels que ces forces de résistance ont du mal à tenir ce monstre en respect. Pour démontrer cela, référons-nous au récent article de David Sheen sur Lobelog, au titre qui ne souffre aucune ambiguïté : « Israël écrase la résistance à domicile et à l’étranger ». Selon Sheen, la gauche israélienne est en débandade, reléguée au niveau d’une force politique négligeable.

Ce qui est intéressant dans ce commentaire est que si elle est évidente aux yeux des gens un peu éveillés, la situation ne paraît pas recevoir beaucoup d’attention dans le débat politique, et particulièrement dans les médias de grande écoute. Cela est peut-être, ou pas, une coïncidence, puisque la gauche occidentale a peu à peu été émasculée et marginalisée depuis un certain temps déjà. En dépit de l’état de délabrement de la gauche israélienne, cela pourrait être une réflexion d’une plus grande réalité politico-économique.

De plus, étant donné les preuves multiples du soutient sans faille que portent les médias occidentaux à Israël, on ne peut pas s’attendre à ce que cela change de si tôt. Sheen explique par ailleurs que la gauche israélienne ne représente qu’une « infime fraction » de la population d’Israël, avec « des chiffres qui ne font que diminuer depuis le début du 21ème siècle ».  Selon le scénario déprimant et de mauvais augure décrit par Sheen, empli d’ironie tragique de l’Histoire, le théâtre des opérations de la politique israélienne serait le suivant :

Aucune alliance de partis progressistes ne peut apaiser la coalition de faucons israéliens au pouvoir. Aucun journal libéral ne peut faire s’écarter le grand public des magazines à sensation qui soutiennent Netanyahu, et ne peut que pousser ses concurrents plus à droite de l’échiquier politique. Et aucun groupe de militants n’a réussi à gagner le cœur et les esprits des jeunes Juifs, qui sont soumis à une dose croissante de lavage de cerveaux dédié à la cause sioniste. Les parlementaires israéliens incitent ouvertement et avec régularité à la violence envers les figures de la gauche israélienne, dans une tentative de redorer leur image auprès des électeurs israéliens. Même sans cette dernière mesure, la société israélienne opère une purge de plus en plus profonde de sa frange libérale de tout position d’influence, comme peuvent en témoigner les Israéliens de gauche qui ont perdu leur emploi ces dernières années.

Pour ceux d’entre nous qui défendent depuis longtemps l’idée que tout espoir de « réhabilitation » pour Israël réside principalement dans les efforts de son aile gauche libérale progressiste en Israël et aux États-Unis pour contrer puis rejeter les tenants du Sionisme, les conclusions de Sheen ont tout pour nous rendre pessimistes. Avec un Sionisme comme idéologie triomphante en Israël, complètement à l’opposé de ce qui ressemble de près ou de loin au libéralisme, la vrai bataille doit être menée par une masse critique de Juifs du quotidien des quatre coins du monde qui adhèrent véritablement aux valeurs libérales, et/ou se sentent mal à l’aise avec le fait qu’Israël prétende agir en leur nom et dans leur intérêt. On peut imaginer qu’il existe même un certain nombre de Juifs d’un conservatisme plus nuancé qui pourrait se trouver en accord avec certains principes libéraux et voir d’un autre œil la cause de justice, d’égalité et de paix pour les Palestiniens si seulement ils voulaient bien se ré-informer sur la triste réalité des faits sur le terrain. Dans les deux cas, le processus sera de longue haleine.

Mais comme le signale Sheen, ces chiffres déclinent, et pas seulement en Israël. Selon lui, le tableau est encore plus sinistre aux États-Unis. Il postule que les Juifs américains, la seconde plus grande communauté juive au monde (et perçue comme plus libérale que les Israéliens) pourrait faire naître cette « masse critique » nécessaire à la bataille. Mais cependant, il note qu’il est futile d’espérer voir les militants israéliens abandonner leurs incessantes requêtes de soutient à leurs frères américains :

Malheureusement pour la gauche israélienne en état de siège, il semblerait que le gouvernement israélien a une avance considérable sur elle, ayant pris l’initiative de porter le conflit aux États-Unis également. L’objectif semble être le suivant : écraser aux États-Unis toute opposition à Israël et à ceux qui voudraient créer sur le modèle israélien leur propre État sur une définition ethnique.

Dans un éditorial qu’il a adressé à ses concitoyens israéliens en 2016, le journaliste Jonathan Ofir a également décrit ce sentiment de la façon suivante :

Mon espoir de voir bientôt un changement venant de nous, les Israéliens, a malheureusement décliné ces dernières années, et je me trouve contraint de placer mes espoirs dans la communauté internationale, dont nous avons grandement besoin, pas pour son argent, ses armes ou pour sa ‘compréhension’, mais plutôt pour son intervention dans ce que nous sommes incapables, voire pas intéressés de résoudre nous-mêmes. Mes agissements ici sont extrêmement impopulaires au sein de la communauté israélienne et juive. C’est l’essence du terme ‘mosser’, celui qui ‘balance la nation juive’ aux Gentils. Soit, il va falloir vous y faire ! Il y a des problèmes plus pressants à résoudre.

Tout observateur de géopolitique un tant soit peu objectif, et tout puriste sur la question de la « réalité » ne peut nier l’existence du « spécimen »suivant. Cette « réalité » abordée précédemment, qu’on ne peut résumer en deux mots, porte en elle les germes d’événements qui concernent le monde entier : à savoir qu’Israël, associé à certains individus, institutions et autres cinquièmes colonnes infiltrés aux États-Unis (qu’ils soient américains, israéliens, ou les deux mais tous très bien disposés à l’égard d’Israël), a exercé une influence disproportionnée dans la définition de la politique étrangère américaine, tout en manipulant et en affaiblissant le système démocratique américain et son processus électoral de façon généralisée. C’est ce qu’on appelle se croire tout permis de façon un peu téméraire.

En résumé : Israël menace l’équilibre et la sécurité du monde d’une façon sans précédent historique et tout à fait imprévisible. En un mot, Israël ne respecte qu’Israël !

Pour ma part, je ne peux penser à aucun autre épisode de l’Histoire où la puissance hégémonique du moment abandonne les rênes du pouvoir au profit d’une nation plus petite, et ce faisant, place son destin, et, serions-nous tenter d’ajouter, celui d’autres nations y compris celles dont elle prétend être alliée, dans les mains d’une cabale dont la première allégeance va, à part à elle-même et ses semblables, à la nation qui est le bénéficiaire direct de cette accumulation de pouvoir. Il s’agit peut-être de la plus grande aberration géopolitique de l’histoire de l’Humanité, en d’autres termes une largesse octroyée de façon inconditionnelle et irréfléchie par une nation à une autre, bien que menaçant potentiellement sa propre existence. On est vraiment en territoire inconnu. Ce qui n’est pas évident pour la majorité est que ce faisant, les États-Unis ont plongé l’ordre mondial tel que nous le connaissons dans une situation chaotique. Qui sait, peut-être était-ce l’objectif depuis le début ? !

À l’époque, lorsque George Bush affrontait Bill Clinton en 1992, ce dernier réalisa assez rapidement que « c’est l’économie, idiot ! » qui primait sur tout. L’Histoire lui a donné raison dans un sens. Mais Bush lui a réalisé, trop tard, que c’était les Sionistes en fait.

Et c’est toujours le cas.

Greg Maybury

Greg Maybury est un auteur, blogger basé à Perth en Australie. Un ancien professeur de lycée avec un fort intérêt pour l’Histoire, la politique, la culture et la société américaine, Greg contribue régulièrement à plusieurs sites de ré-information, dont Dandelion Salad. Son blog est accessible surwww.poxamerikana.com

Article original paru sur Dandelion Salad

Traduit par Laurent Schiaparelli, relu par Cat pour Le Saker Francophone