La vérité est ailleurs

Le chaos du monde ne naît pas de l'âme des peuples, des races ou des religions, mais de l'insatiable appétit des puissants. Les humbles veillent!

Agressions et violences gratuites

Acte XXIII, Paris : la peur change de camp, la violence monte encore d’un cran!

 

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Un témoignage extrêmement poignant sur les violences policières et les armes et gaz employés lors des manifestations, dont les merdias ne parlent évidemment pas malgré leur dangerosité extrême! C’est vraiment IGNOBLE et inhumain! Tout le monde doit savoir !

Éprouvée par son récit, Lucie s’arrête. Elle va s’asseoir sur la bordure en pierre au pied de la statue de la Marianne de la république. Ce qu’elle vient de raconter fait mal, très mal. Je me dis que l’opinion publique la plus large possible doit savoir le mal que l’on fait au peuple, aux petites gens dont on ne parle jamais à la télé ou sur les radios.

Acte XIX Paris 14h. Comme lors de nombreux samedis, je retrouve des camarades gilets-jaunes place de la République. Ce jour-là, les mines sont plus tendues car nous savons que les militaires ont été mobilisés pour mater le mouvement social, mais dans les regards il y a toujours autant de détermination, si ce n’est plus. Nous sommes nombreux à parler de la femme âgée de 71ans qui, le matin à Nice, a été évacuée violemment par les CRS et s’est retrouvée à l’hôpital le visage en sang. Elle a eu une fracture du crâne. Comme elle, nous sommes ici pour défendre le droit de manifester. Nous sommes inquiets par les mesures ultra répressives prises par le gouvernement en début de semaine, et qui visent toujours et encore à restreindre nos libertés fondamentales. « Je me battrai jusqu’au bout ! Je ne veux pas vivre en dictature » crie Jeanine. Avec son mari, elle vient tous les samedis. Elle habite un petit village du nord près de la frontière belge. « J’ai 62 ans, j’en ai vu des vertes et des pas mûres. Ma mère a connu l’occupation allemande. Pas question pour moi de courber l’échine, je préfère encore crever sous les matraques ! ». On sent dans ses yeux bleus qui brillent comme des flammes qu’elle ne blague pas du tout. Pierre, un chauffeur de bus RATP, attrape la balle au bond : « Avec le nouveau préfet de police qui s’appelle Lallement, les gilets-jaunes vont porter une étoile jaune… J’ai entendu dire qu’il envisage de réquisitionner des stades pour pour y parquer les masses de gilets-jaunes qui ont été interpellés… » « Un nouvel Vel d’Hiv ? » s’indigne Jeanine. Fantasme ou réalité, il est certain que le nombre d’interpellés est de plus en plus important et que les commissariats n’y suffisent plus. Rien que pour se samedi 23, il y aura eu 8500 contrôles préventifs selon les chiffres du ministère de l’intérieur, sans compter évidemment les gardes à vue pour soit-disant « violences ou dégradations ». « Il n’y a pas de risque ici », réplique Jacques, un agriculteur de Chambéry, « la mobilisation a été déclarée ».
Bref, les esprits sont échauffés par l’arsenal répressif sans précédent. La honte d’un président qui faisait du ski pendant que Paris brûlait est aussi dans toutes les bouches : « indigne, irresponsable, à vomir, dégoûtant ! », les épithètes pleuvent comme des flèches. « On en a marre de cette vermine ! Il va finir comme Ceaucescu : dix balles dans la peau ! » s’écrient Pierre et Jeanine. Ce n’est pas la première fois que j’entends ce parallèle entre Macron et l’ancien dictateur de Roumanie, en effet mitraillé contre un mur après une insurrection populaire. Mais alors que j’écoute les uns les autres, je vois s’avancer une jeune femme, la silhouette frêle et le visage intimidé. Elle n’a vraiment pas l’air bien. Son regard est traumatisé. On voit bien qu’elle est des nôtres, qu’elle cherche à s’intégrer à notre groupe, mais avec hésitation. Elle ne porte pas de gilet-jaune, mais un ciré de couleur jaune. Intrigué, je fais quelques pas pour l’accueillir. En entendant mes mots, elle se met à pleurer, puis me raconte son histoire : « Désolée, je suis en état de choc. Samedi dernier j’étais sur les Champs Elysées avec mon ami. J’étais venue avec des gilets-jaunes de l’Essonne, j’habite à Juvisy. Rapidement, vers 11h du matin, on a été évacué par les CRS à coup de gaz lacrymo vers le bas de l’avenue. C’était une ambiance de guerre. Impossible de s’échapper par les rues adjacentes. Alors on a couru vers la Concorde. Mais là aussi on était coincé : des barrages de flics nous empêchaient d’aller vers le Louvre ou Orsay. On était nassé ! Et là, pour la première fois de ma vie, j’ai été atteinte par un gaz spécial. J’en ai fait des manifs, je sais de quoi je parle…Une grenade est tombée à mes pieds et j’ai été recouverte d’une poudre grise. Immédiatement j’ai suffoqué, je ne pouvais plus respirer, mais plus grave, je ne tenais plus sur mes jambes, tout mon corps tremblait, je n’avais plus de coordination dans mes mouvements. Je suis tombée comme un légume. Tous les gens autour de moi tombaient aussi. Nos membres étaient tout flasques ». Interpellé par son récit, je lui fait préciser les choses : « mais quelle différence avec les gaz lacrymo ? ». Et elle de me répondre : « C’est un gaz innervant, ça touche le système nerveux ! Dès que je l’ai respiré, je me suis mise à chialer, j’ai été prise de panique, je n’avais plus aucun contrôle sur mes réactions psychologiques. J’avais peur de tout et de tout le monde. Les flics me terrorisaient, et même mon copain me faisait flipper…Le médecin de l’hôpital qui m’a soignée m’a confirmé que c’était un gaz toxique qu’on utilise par temps de guerre et qui a des conséquences psychologiques ; il paralyse le système nerveux, émotionnellement on n’est plus maître de soi. Je ne pouvais même plus contrôler mon envie de faire pipi ! Pendant plusieurs jours je faisais sur moi, j’étais devenue incontinente comme une vieille de 80 ans ».
La jeune femme qui est en train de me parler a trente cinq ans. Elle s’appelle Lucie et est aide-soignante dans une clinique. Ce qu’elle me raconte est effarant mais bien authentique. Une journaliste du Québec, tout aussi éberluée que moi, s’approche et enregistre son témoignage. Lucie poursuit d’une voix tremblante, en fumant une petite cigarette roulée : « le pire pour moi, c’est que je me suis mise à avoir peur des gilets eux-mêmes ! Là je reviens vers vous, mais je suis encore complètement flippée ! Impossible d’aller manifester. Mes camarades de Juvisy qui ont aussi été touchés par ce gaz ne sont pas venus aujourd’hui. Peut-être qu’ils ne reviendront jamais. Ce gaz te fout une trouille d’enfer ! Le psychiatre de l’hosto l’a constaté. Et puis j’ai craché du sang pendant cinq jours ; j’avais les poumons en feu ! Les infirmiers radiologues n’avaient jamais vu ça ! »
Éprouvée par son récit, Lucie s’arrête. Elle va s’asseoir sur la bordure en pierre au pied de la statue de la Marianne de la république. Ce qu’elle vient de raconter fait mal, très mal. Je me dis que l’opinion publique la plus large possible doit savoir le mal que l’on fait au peuple, aux petites gens dont on ne parle jamais à la télé ou sur les radios. J’ai conseillé à Lucie de déposer plainte, mais elle trop apeurée, trop tétanisée, et c’est bien le but de ces gaz de bloquer les défenses immunitaires. Des gaz de combat pour temps de paix. Avoir la paix avec la masse silencieuse et invisible des petites gens à qui l’on ne tendra jamais un micro, des petites gens qui n’ont jamais eu droit au chapitre et qui ne l’auront jamais. Sur les médias officiels, on les traite « d’extrémistes, d’enragés, de casseurs » tandis la voix présidentielle parle « d’émeutiers qu’il faut châtier avec la plus grande sévérité ».
Je souhaite que le témoignage de Lucie soit entendu par le plus grand nombre possible de Français. Jamais on ne parlera d’elle et de ses camarades gilets-jaunes aux heures d’antenne. L’opinion public doit savoir le mal que l’on fait au peuple en son nom.

Macron , l’État terroriste! C’est exactement mon ressenti!

Macron, l’État terroriste!

22 mars 2019 / Hervé Kempf (Reporterre)

https://reporterre.net/Macron-l-Etat-terroriste

Macron, l'État terroriste

Le recours à l’armée et l’annonce que le LBD sera employé sans limite sont l’expression nouvelle d’une politique de terreur employée par les gouvernants à l’encontre des contestations populaires. Il faut nommer les choses pour ce qu’elles sont, et résister.

Le gouvernement a franchi cette semaine un nouveau pas dans l’escalade de la violence d’État. Ce pas nous fait basculer dans une situation nouvelle. En recourant, au nom du maintien de l’ordre, à l’armée — une première depuis 1948 —, en donnant licence aux forces de police d’user sans réserve des lanceurs de balles de défense (LBD), en « partant du principe que ces rassemblements sont des rassemblements d’émeutiers », MM. Macron, Philippe et leurs ministres visent clairement à terroriser celles et ceux qui entendent manifester samedi prochain et les suivants.

La répression du mouvement des Gilets jaunes a déjà atteint en quatre mois un niveau de violence étatique sidérant, avec plus de 200 blessés graves, 22 personnes éborgnées, cinq mains arrachées, et une personne morte par un tir de grenade. Ce bilan est le plus lourd en matière de répression qu’on ait connu depuis mai 1968. Et non contents de tenir pour négligeables les critiques sur cet emploi démesuré de la force lancées par le Parlement européen, le Conseil de l’Europe, la haute commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, des ophtalmologistes et des chirurgiens effrayés par les « blessures de guerre », les terroristes d’État ont été jusqu’à accuser le Défenseur des droits – qui a recommandé la suspension de l’utlisation des LBD – d’avoir « indirectement » et « implicitement » une part de responsabilitédans le désordre et le vandalisme qui se sont produits à Paris le samedi 16 mars. Si tout cela ne suffisait pas, la licence donnée aux BAC (brigades anti-criminalité) et autres DAR(détachements d’action rapide) d’agir sans limite, l’absence de toute sanction contre la dissimulation systématique du matricule d’identification des agents, l’usage de policiers en civil, l’engagement de nouveaux moyens (drones, gaz lacrymogènes lancés depuis des véhicules blindés), confirment que dans leur panique devant la rébellion, M. Macron et ses subordonnés placent le « maintien de l’ordre » au-dessus de toute autre considération.

Le message envoyé par le gouvernement est clair : toute manifestation des Gilets jaunes sera considérée comme une émeute, et face à l’émeute, tous les moyens sont permis : la mutilation, voire la mort, comme l’a évoqué le Premier ministre devant l’Assemblée nationale.

Les violences exercées par les forces de police — et éventuellement par l’armée — sur l’ordre du gouvernement sont accompagnées d’une lourde pression sur l’appareil judiciaire pour le mettre au service d’une répression indiscriminée. De surcroît, la loi anti-manifestation, lancée dans un autre moment de panique gouvernementale en janvier, va éborgner un peu plus le droit de manifester en donnant plus de pouvoirs aux préfets et en introduisant des fichages de personnes jugées — par la police — comme susceptibles de violences. Cette loi s’ajoute à une longue liste de lois sécuritaires – pensées en principe pour lutter contre le terrorisme… civil — et dont les dispositions sont appliquées en pratique aux mouvements sociaux.

Tout ceci n’est pas le seul fait de M. Macron et de ses subordonnés, même s’ils portent une responsabilité particulière dans la situation actuelle, et assument avec plus de cynisme ou d’aveuglement que leurs prédécesseurs — de Sarkozy à Valls — l’idée de terroriser les contestataires. Elle découle d’une évolution engagée depuis une vingtaine d’années — on pourrait en dater l’origine au Patriot Act adopté aux États-Unis en 2001 — et au long de laquelle les classes dirigeantes se sont éloignées des principes démocratiques pour mettre en place un système oligarchique. Et face aux contestations voire aux révoltes de plus en plus nombreuses se levant contre cette évolution et contre l’extension infinie des principes néolibéraux et de l’inégalité qui l’accompagnent, ils ont recouru à des moyens d’une brutalité répressive toujours plus intense.

Dans le cas français, cette radicalisation des classes dirigeantes est favorisée par deux facteurs. D’abord, la synchronisation décidée en 2002 de l’élection présidentielle et des élections législatives assure au chef de l’État — puisque les députés sont élus dans la dynamique de la victoire présidentielle — une assemblée à sa botte, et donc une quasi impunité politique durant cinq ans. Un deuxième facteur facilitant la brutalisation du pouvoir étatique en France est le contrôle de l’essentiel du système médiatique par les dominants, si bien que l’opinion est orientée par les choix de thèmes traités et par les commentaires des chiens de garde — les Apathie, Barbier, Elkrieff, Calvi, on en passe, et des dizaines — de façon à rendre primordiaux les concepts d’« ordre » et de « sécurité », et très secondaires les réalités de l’inégalité, les souffrances endurées par les classes populaires et la dégradation continue de l’environnement naturel. Les contre-pouvoirs aux excès de l’État sont ainsi structurellement affaiblis.

La bêtise criminelle des possédants dont la macronie est aujourd’hui l’expression

Il importe de qualifier le régime politique dans lequel nous sommes, et qui n’est plus une démocratie, malgré ce que serinent jour après jour les chiens de garde. « Quelque chose glisse »observe Daniel Schneidermann« que les médias peinent à nommer ». Il s’agit bien d’une oligarchie, mais la violence qu’elle exerce pour maintenir sa domination exprime une qualité particulière que le terme de « dérive autoritaire » ne suffit plus à qualifier. Régime autoritaire, sans doute. Mais ce qui se joue en ce moment est plus dangereux encore. Le mot d’État terroriste m’est venu. Il s’agit bien de terroriser la révolte sociale qui s’est levée depuis quatre mois. Dans une émission de radio en mars 2018, le philosophe Geoffroy de Lagasnerie disait que « Macron essaye d’instaurer un gouvernement de la terreur » : en affaiblissant les dispositifs de protection des personnes (ce que fait la politique néolibérale), expliquait M.de Lagasnerie, Emmanuel Macron rend les travailleurs soumis aux patrons, par terreur du licenciement, les chômeurs soumis aux contrôleurs, les migrants à la police, etc. Une observation comparable a été faite par l’avocate Judith Krivine : « Les gouvernements qui se succèdent privent les salariés de leurs droits et leur rendent l’accès au juge plus difficile, ce qui rend les recours de plus en plus décourageants. »

Ainsi, la violence blessante voire meurtrière des forces d’État est le volet le plus apparent d’une politique généralisée de la peur dans tous les rapports sociaux au profit des puissants. L’État terroriste de M. Macron et de la classe dont il est l’instrument n’annonce pas seulement qu’il est prêt à tuer les Gilets jaunes. Il leur refuse toute concession, et entend poursuivre sans fléchir sa politique nous entraînant dans le chaos climatique et social.

Mais quand on règne par la peur, on n’a plus d’autorité, on ne suscite plus aucune adhésion. Il ne reste que le pouvoir, dans la froide férocité du rapport de force. La bêtise criminelle des possédants dont la macronie est aujourd’hui l’expression ne doit cependant pas générer la peur par laquelle ils veulent nous paralyser, mais le simple et âpre sentiment qu’aujourd’hui, il n’est d’autre attitude digne que la résistance.