Remplacement d’Édouard Philippe, éclatement de la majorité : pour sauver son quinquennat, Macron fait de la haute couture. Une nouvelle formation, emmenée par un proche de l’Élysée, Aurélien Taché a déjà un nom : « Ecologie, démocratie et solidarité ». Elle devrait être lancée sur les fonts baptismaux le 18 ou le 19 mai. Méfiance, on prend presque les mêmes (Valls en prime?) et on recommence sur fond écolo pour tromper les gogos!

Remplacement d’Édouard Philippe, éclatement de la majorité : pour sauver son quinquennat, Macron est prêt à tout!

Par AuteurGuillaume Bigot / Mercredi 13 mai 2020 à 11:0453Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Photo © Charles Platiau/AP/SIPA

Comment passer du nouveau monde à celui d’après ? En sacrifiant Édouard Philippe et sa majorité LREM à l’Assemblée, estime le politologue Guillaume Bigot.

« Se réinventer », a promis le président. Se réinventer est un euphémisme. Muer ou mourir politiquement devrait-on plutôt dire. Déjà en piteux état aux termes des trois premiers rounds de son quinquennat (Benalla, Gilets jaunes et réforme des retraites), Emmanuel Macron sort du quatrième au bord du KO. Acculé, le plus illustre des marcheurs doit absolument sortir des cordes s’il veut terminer dignement son mandat. Et pour se dégager, sa seule issue, consiste à changer son Premier ministre.about:blank

Remplacer Edouard Philippe, un pari risqué

Manœuvre tentante pour un président qui espère charger le gouvernement d’une gestion calamiteuse de la crise du Covid. Manœuvre inespérée pour un candidat à sa réélection qui calcule que dans deux ans, les Français auront assimilé cette pénible séquence à une équipe qu’il aura remerciée et envoyée aux oubliettes. Manœuvre inévitable car si l’opinion peut admettre l’impréparation ainsi que les erreurs, elle ne pardonnera pas les mensonges sur les masques ainsi que le profond mépris qu’ils inspiraient. Manœuvre délicate car si le chef de la majorité n’a pas été à la hauteur, il a cherché à sauver les meubles. C’est en tous cas le sentiment qui domine pour une majorité de nos concitoyens. L’effet de contraste est cruel entre un locataire de Matignon craintif et un peu sonné mais appliqué et sérieux et celui de l’Élysée qui continue à faire sa roue comme si de rien n’était. Dès lors, comment Emmanuel Macron peut-il s’y prendre pour remercier Édouard Philippe ?

Autant les Français comprendront que l’effet révélateur de la pandémie justifie un changement de cap, autant ils risquent de très mal prendre que le chef du gouvernement soit sanctionné pour permettre au premier « coupable mais irresponsable » de se refaire une vertu. Le président peut tenter une sortie. Celle-ci est risquée mais au point où il en est, cette manœuvre est sûrement la seule qu’il puisse tenter. Pour Emmanuel Macron, un dégagement audacieux consisterait à encourager — en sous-main — l’éclatement de la majorité à l’Assemblée.

En 2017, réunis sous la houlette de Gilles Legendre (l’homme qui se trouvait trop intelligent) les députés LREM étaient partis 314 au lendemain de son élection. Entre temps, 18 députés ont claqué la porte du groupe pour des raisons qui relevaient parfois du cas de conscience (cf. la député Martine Wonner qui n’a pas voté le déconfinement car elle n’a plus confiance) et souvent à la tentation d’être plus macroniste que Macron (cf. le cas de Cédric Villani). En dépit de ces quelques défections, la majorité LREM au Palais Bourbon était encore confortable avec 296 « helpers ».

La semaine dernière, on apprenait que les 18 en rupture de ban seraient bientôt rejoints par une vingtaine d’autres forbans plus une poignée de non-inscrits afin de former un 9e groupe parlementaire. La nouvelle formation, emmenée par un proche de l’Élysée, Aurélien Taché a déjà un nom : « Ecologie, démocratie et solidarité ». Elle devrait être lancée sur les fonts baptismaux le 18 ou le 19 mai.

Et si l’éclatement de la majorité profitait à Emmanuel Macron ?

A priori, cette nouvelle ressemble à un coup de tonnerre et à un mauvais coup pour la majorité présidentielle. A posteriori, c’est peut-être une aubaine pour le deus ex machina de la rue du Faubourg Saint-Honoré.Un coup de tonnerre car si la scission se déroule comme prévu, la REM va perdre la majorité absolue dans l’hémicycle (qui est de 289 députés sur 577). Un mauvais coup car cet effritement ressemble, osons les grands mots, à un effondrement du “nouveau monde”. A posteriori, ce micro tremblement de terre pourrait offrir un prétexte idéal pour remplacer un Édouard Philippe, issu des rangs de la droite et privé de majorité. Après l’éclair pourrait venir l’arc en ciel d’une majorité très printanière. Une majorité réinventée, plus écolo-compatible (avec sinon Jadot, du moins certains de ses proches ou ceux de Nicolas Hulot entrant au gouvernement), bien plus ancrée à gauche (avec Delphine Batho ou Emilie Cariou) et avec un État, plus Big Mother que jamais, qui n’en est plus au « care » mais aux petits soins palliatifs. La santé va forcément figurer au cœur des préoccupations de l’exécutif. On va passer de la start-up nation à l’EHPAD nation.

Légère contradiction, le remboursement de la dette qui était irréaliste avant la pandémie va devenir une perspective franchement risible. Encore un peu et nous pourrions euthanasier les rentiers pour reprendre la formule de Keynes. L’humanisme très temporisé de Jacques Attali sera sûrement moins choqué par la métaphore du grand économiste que par la perspective de sauver les richesses du futur en leur sacrifiant celles du passé. Que l’ancien banquier se rassure, la réinvention de Macron n’ira pas jusqu’à sortir la France de l’ornière, le corset de l’euro nous l’interdit. Mais cette réinvention permettra au président de penser printemps et de dévoiler de nouveaux horizons apprenants et culturels. Il ne restera plus à Emmanuel Macron qu’à suivre les recommandations de Jean-Pierre Chevènement, en embarquant dans cet exécutif rénové quelques souverainistes en papier (on parle du député Jérôme Guedj et évidemment celle de Manuel Valls) pour avoir fait mine de se réinventer.

Macron peut ainsi tenter un « en même temps » consistant à ravaler son quinquennat avec un pot de peinture verte et trois pots bleu-blanc-rouge et hop, voilà l’ex nouveau monde rhabillé en monde d’après. Vous n’avez pas aimé ma collection printemps-été 2017 ? Qu’à cela ne tienne, voici la printemps-été 2020 va nous dire Macron. Le problème, c’est que si la révolution n’est pas un dîner de gala, la République n’est pas une collection de haute couture.

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